samedi 30 août 2025

0.1. CE BLOOK EST DÉDIÉ AUX FLICS DU NEW JERSEY...


QUI M'ONT MONTRÉ COMMENT FONCTIONNENT LES BARRIÈRES DE CLASSE 

« Vous enseignez le Communisme à la police ! Le député va me téléphoner ! » hurla le doyen de la faculté où j'étais professeur d'histoire.


Ce qui s'était passé :

Le 4 mai 1970 la Garde nationale américaine a tira sur trois cent étudiants non armés qui protestaient la guerre du Vietnam, tuant quatre. Cela s'appelle le « Kent State* Massacre ».

*Une université de l'État de l'Ohio

Sans résolution plus élevée / zoom

Alors le gouvernement a proposé aux policiers de suivre des cours aux facultés d'État, avec une augmentation de salaire pour des notes convenables. Il espérait que la familiarité diminuerait l'hostilité entre étudiants et forces de l'ordre, attitude qui avait conduit au drame. 

Une de ces facultés était « William Paterson College in the State of New Jersey » (maintenant William Paterson University), où j'étais professeur.

# # #

Quand des étudiants ont manifesté contre leur présence, j'ai écrit un article dans le journal de la fac intitulé « Pourquoi les flics sont des frères ». Je disais qu'on devenait policier non pas pour taper sur les jeunes, mais pour la sécurité du travail. 

J'ai proposé d'assumer ce cours, à condition de dire que j'étais marxiste. « Je suppose que vous savez ce que vous faites », a dit le directeur du département.

Cela a mal commencé...


« Salut, chérie ! » 

Sauf pour mon assistante. Je lui ai demandé de distribuer un questionnaire et une liste de lecture. Le cour précédent avait fait assoir les étudiants en cercle plutôt que dans les rangées habituelles...



En revenant elle exclama avec ivresse, 
« Je leur ai dit d'aligner leurs sièges
et ils l'ont fait! » Que des policiers obéissent à une jeune femme, Black en plus, était du jamais vu.

 

Les flics étaient en civile mais portaient des armes cachés. Une trentaine, tous sauf un des blancs. On les distinguait immédiatement, bien que la plupart étaient à peine plus âgés que les étudiants. Leurs visages étaient durs. Certains s'étaient battus au Vietnam.

En les rencontrant j'ai dit, « Un bruit court que je suis une religieuse. Ce n'est pas vrai. Un autre est que je suis marxiste. Cela est vrai. » 

Un homme au fond de la salle est sorti...


 ...en claquant la porte.   


J'ai continué le cours, disant que le marxisme n'avait rien à voir avec les gulags mais montre comment les changements profonds viennent de forces économiques et aide à correctement identifier l'adversaire. 

Le lendemain le Doyen m'a fait venir, comme le montre le premier dessin. Je dit que j'avais la liberté de parole. 

Une heure plus tard le directeur du programme m'a aussi fait venir : « Les hommes sont désolés », a-t'il dit. « Ils savent que rapporter au Doyen était incorrecte. L'homme qui la fait passe par un mauvais moment. Sa femme a fait une fausse couche. J'espère que vous lui pardonnerez. »  

Un groupe est venu s'excuser. 


« Tommy » est devenu un ami et je l'ai invité à prendre un verre. Il est entré, s'est assis, a posé son pistolet sur ma table —  et s'est endormi. Son stress avait disparu en ma présence et il avait confiance en moi : donner à un civil accès à son arme aurait pu le faire renvoyer. 

Pour connaître ces policiers, je leur ai demandé d'écrire pourquoi ils avaient choisi cette profession. Un certain Richard Wright a écrit trente pages excellentes.


Il venait d'une ville à une trentaine de kilomètres d'une université célèbre (Princeton). Quand je lui ai demandé s'il avait tenté d'y être admis, il a dit qu'il n'y avait jamais entendu parlé. De droite dure, il est resté réticent à mon égard, mais je me souviens de lui comme exceptionnellement brillant : venant d'un milieu plus favorisé il aurait pu devenir, par exemple, un grand avocat.

Curieux de ce qui ce passait, des étudiants gauchistes assistaient au cours. Nous étions de la même génération  et nous nous réunissions pour écouter des disques et discuter. 


J'ai demandé à un des flics s'il viendrait avec sa femme. « Non », a-t'il dit, « Elle croit que les étudiants la mépriseraient. » Un autre a dit, « Quand je porte mon uniforme, même le président de cette faculté me respecte. »

Le Doyen n'avait pas oublié notre rencontre. Mon contrat n'a pas été renouvelé, ce qui a conduit à une manifestation.


Les flics ne l'ont pas rejoint (ils auraient été renvoyés), mais regardaient en souriant. 

Nos adieux :

« Salut, Ritchie, on vous dira où sont les bombes. »
« Ho ho! »

# # #

Les flics sont-ils devenus marxistes ? Bien sûr que non. Ont-ils appris à accepter des gens qui pensent autrement ? Je crois que oui. Les étudiants aussi. Moi, j'a compris de façon beaucoup plus nette la barrière des classes sociales dans un pays supposé démocratique, et le ressentiment envers des privilégiés qui se croient supérieurs. 
# # #

Beaucoup plus tard, en préparant une visite autour de La Commune j'ai découvert une catastrophe comparable à celle de Kent State.

En 1871 des soldats bretons ont tiré sur des manifestants désarmés, tuant onze. 

Leur haine avait une cause : pendant la Révolution l'armée de la République avait massacré leur peuple. Plutôt que de condamner les soldats Louise Michel à crié... 




Nous devrions faire de même.

Harald Wolff a fait le panneau.
Mon panneau à la manifestation No Kings [« Pas de rois », contre Trump] à Paris, le 25 octobre, 2025
 MAGA (« Make America Great Again ») est le mouvement qui soutient Trump.

 Je dédie à ces flics le blook
avec affection et estime.

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